Playlist de ma vie imaginaire : Fado

Comme tout le monde, quand ça ne va pas je me réfugie au fond de moi pour y retrouver des airs familiers. Mes petites berceuses personnelles, douces et rassurantes.

Il se trouve que j’ai des origines portugaises, mon grand-père fabriquait ses propres guitares et en jouait. Il faisait parti du groupe de fado du village.

Je ne l’aimais pas vraiment, je ne le connaissais pas vraiment non plus. Et dans le fond, il ne m’a jamais intéressée. Je ne connais même pas son nom complet… Seulement, quand il est mort, j’ai ressenti une grande tristesse à l’idée que plus personne désormais ne jouerait de la guitare le soir après les repas trop lourds et enfumés. Cette perte là m’a brisée le cœur.

Dans les faits, il jouait très peu en famille, je crois qu’il ne nous aimait pas plus que nous l’aimions. Il ne jouait même pas ces airs là… Enfin… Peut-être pas. Je ne sais pas.

Toujours est-il qu’avec le temps, les images d’Épinal du vieil homme à sa guitare se sont mêlés à mes souvenirs. Elles se sont superposées par strates aux images de mon propre père et de sa guitare, aux calmes soirs d’été, aux aboiements des chiens au loin, aux odeurs de la terre, de l’air salé, des orangers…

Ces airs sont devenus au fil des écoutes une sorte de territoire, un espace affectif. Ils ont accompagnés ma solitude quand je vivais en Italie, dans ce Sud qui n’était pas le mien.

Je m’attache souvent plus au lieux qu’aux gens, et là tout entier, j’ai mes eucalyptus, mon océan violent et sauvage. Ici se trouve tout mon attachement à ces racines dont je n’ai qu’en partie hérité.

Voici la première bande son de ma fausse biographie.